Stop à la violence faite aux filles

Car on ne peut pas tolérer l’insoutenable. UNICEF Journée cinéma 9.12.
Violence au singulier
Dans mon vieux Petit Littré, la violence, «du latin violentia, est la qualité de ce qui agit avec force… Faire violence à une femme, la prendre de force». Dans la même veine, «le viol est une violence faite à une femme que l’on prend de force».
La femme, et pour l’Unicef, la fille, sont donc les victimes d’actes commis par la force. Sous-entendu, par la force d’un homme, ou de plusieurs. Le viol est l’expression directe de cette violence, viol qui était au centre d’une table ronde organisée à Genève sur le thème: «le viol, un crime à géométrie variable? Histoire et droit» en date du 19.11.
Juste avant Noël, au moment de la dinde et des cadeaux, on nous propose dans notre menu deux versions de la même problématique: la femme victime. Si l’on n’y prête pas attention, bientôt, les deux mots vont devenir synonymes.
Avant toute chose, que ce soit bien clair, une femme victime mérite reconnaissance et réparation. Notre droit et nos institutions s’en chargent.
Ceci posé, je vais décortiquer la dinde. Dans le cas de la violence faite aux femmes et/ou aux filles, il faut analyser le drame sous tous ses angles. Combien y a-t-il d’acteurs?
Trois. La victime, femme ou fille, qui tient le rôle principal. Le héros, l’homme, le «bourreau» qui joue en second plan. Et la société, qui comme le coryphée dans les tragédies grecques, participe bien que ne faisant pas partie immédiate de l’action.
La violence lie ces personnages, et leur donne une personnalité identitaire, un rôle qui devient modèle. En d’autres termes, à dénoncer la femme/fille dans son rôle de victime de violence, on la rend victime de violence. On crée un archétype, un paradigme, un exemple. La femme/fille victime correspond à son stéréotype de genre, le féminin, faible sexe. Elle est victime, elle a droit à notre aide, notre soutien, notre miséricorde, notre amitié. Il est bourreau, et le reste. Tous les efforts de notre société, qui participe de l’action tragique, sont bien de guérir, de soigner, d’aider ces femmes violentées.
Mais se pose-t-on la question du bien-fondé de notre action? A force de soigner les victimes, que fait-on pour empêcher la violence? Au contraire, en créant des machines de guerre à soigner, on crée un vacuum, une demande de femmes «chair à canon» afin de faire perdurer le système.
«On ne peut pas tolérer l’insoutenable»… légèreté de l’être? de l’homme? Faire de nos filles des victimes, c’est déculpabiliser, ignorer, encourager, propager, développer, faire naître des désirs ou des actes de violence chez les hommes! Ce qui est insoutenable n’est pas qu’une fille se fasse violer, c’est qu’un homme puisse violer une fille! La société devrait soutenir, aider, accompagner, éduquer… les hommes! Pour qu’il y ait moins de violence, il ne faut pas aider les victimes, il faut éviter de créer des bourreaux. Ce n’est pas la femme victime qu’il faut aider, soigner, accompagner, c’est l’homme avant qu’il ne commette l’irréparable, l’insoutenable, avant qu’il ne devienne bourreau.
Alors que les fêtes approchent, nous allons payer, car on ne peut «pas tolérer l’insoutenable», et «notre participation sauvera des filles». Les bourreaux, eux le resteront et ne comprendront pas pourquoi ils n’ont pas le premier rôle… Ils continueront à payer des prostituées, à payer des images pédophiles, à «se» payer du bon temps en usant des corps de femmes…
Dans son chœur, le coryphée dénonce… «la violence faite aux filles».

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